Indépendant, freelance, entrepreneur : libre ! Vraiment ?

L’entrepreneuriat, il y en a pour qui c’est une évidence. Et puis il y a les autres, autant être honnête : l’immense majorité. Toi, moi, lui, qui avant de franchir le pas se sont dit « En suis-je capable ? ». Et ce n’est pas une fois le pas franchi que la question s’arrête de tourner dans notre tête… « Suis-je vraiment taillé pour ça ? »

Phase 1 : un peu de bluff

De la société dans laquelle on vit

banque-entrepreneur

On met beaucoup de dorures sur ce terme d’entrepreneuriat. Face à un salariat de plus en plus sous pression et à la précarisation du travail, une nouvelle génération d’entrepyoung-millionairesreneurs émerge, et ils se retrouvent sous le feu des projecteurs.

L’entrepreneuriat, on le croise donc dans les médias, dans des publicités (banques, assurances…), en politique. Sur ces terrains, l’entrepreneur est un héros jeune, connecté, sorte de baroudeur de la vie, aussi à l’aise avec son laptop sur une plage de Bali que dans sa cuisine pour répondre à une offre de partenariat. Un monde d’opportunités s’offre à lui et il a eu l’idée et le cran de les saisir. Pourquoi s’en serait-il privé ? Pourquoi vous en privez-vous ?

De tes connaissances entrepreneurs

La société est ainsi faite que l’on ne parle que de ses succès avec l’immense majorité des gens que l’on rencontre. C’est le phénomène « je brille en société » allègrement alimenté par les réseaux sociaux que l’on fréquente (presque) tous.

Si les salariés parlent (de manière générale) assez peu de leur travail, et plus du contexte qui l’entoure (conditions de travail, lieu, horaires…), les entrepreneurs sont intarissables sur leur projet. Ils sont aussi plus souvent sollicités pour en parler, car ils attisent la curiosité. Si on invite un entrepreneur à parler de son travail, il peut en faire des tartines sans souci. Et il y a de fortes chances dans cette conversation où il doit briller comme sur Facebook qu’il omette de parler de son Chiffre d’Affaires (inférieur aux charges qui s’accumulent) mais mette plus l’accent sur son épanouissement personnel et la possibilité toute nouvelle de prendre des rendez-vous chez le médecin en journée… en semaine ! Oui, sans poser un jour de congés ;).

Phase 2 : la réalité frappe

L’attrait de la liberté est très fort, et vous êtes de plus en plus nombreux à franchir le pas. Travailler comme on veut, sur ce qu’on veut, avec qui on veut, d’où on veut et quand on veut, l’idée est attrayante (n’est-ce pas ?). I’m CEO, bitch ! Vous avez osé franchir le pas, et Kbis en main, faites une nouvelle entrée sur le marché du travail. Fier(e) comme un coq !

Très vite néanmoins, les premières questions se posent…

Les indispensables de l’entrepreneuriat

Quel que soit votre domaine de prédilection, vous vous rendrez vite compte (si ce n’était pas tout simplement la raison n°1 de votre réticence à vous lancer) que travailler sur votre compétence ou votre produit ne représente pas l’intégralité de votre nouveau travail d’entrepreneur. Loin de là.

Supposons que vous vous lanciez en tant que graphiste. Avant de bosser sur le tout nouveau logo de votre client X, il faut… trouver X (non, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous sortir une équation !). Il faudra ensuite lui faire un devis ou une facture.

« Eh Richard, tu sais ce qu’on met dans une facture ?
– Je pense que tu mets ton SIREN, et tes infos de paiement.
– Ah…
– Quoi ?
– Donc il me faut une boîte. Et un compte en banque. »

Eh oui, et ce n’est pas fini ! Commercial, compta, communication, suivi clients… que vous aimiez ça ou pas, à un moment vous devrez vous en occuper et préoccuper.

Par où commencer ?

Soudain, votre toute nouvelle liberté devient angoissante. Vous êtes graphiste, pas juriste, ni comptable, et très loin d’être un commercial né. Par où commencer ? Quels outils utiliser ? Se lever plus tard le matin c’est bien beau mais finalement il n’y a plus assez d’heures le soir. Et depuis quand est-ce cool de travailler d’où on veut ? Au final, vous passez votre vie en pyjama, avec Félix (le chat, pas l’autre) sur les genoux, à la table de votre cuisine.

Phase 3 : Apprendre à se connaître

Le tri des compétences (et/ou des goûts)

Vous commencerez probablement par faire un peu tout au début de votre activité. De bric et de broc, vous trouverez les infos nécessaires à la constitution de votre société, vous vous construirez un semblant de suivi comptable, lancerez des pistes de démarchage…

auto-entrepreneurEt puis vous vous rendrez compte que ces activités annexes vous prennent le plus clair de votre temps et vous empêchent de réellement… travailler sur vos projets, et vendre. Il devient temps de faire des choix stratégiques (le plus tôt étant généralement le mieux), et de sous-traiter.

Il est bon d’être passé par des moments de bidouillage avant cela : vous aurez sûrement beaucoup appris de ces tâches, et apprécierez d’autant plus de les sous-traiter (finalement, il n’est plus si cher, votre comptable, quand vous pensez au temps que ça vous prend de votre côté ?). Vous aurez aussi plus de billes dans votre dialogue avec ces prestataires.

Selon vos goûts et compétences, trouvez donc des personnes / entreprises chouettes pour :

  • Votre compta
  • Votre communication (graphique, écriture de posts, community management…)
  • Votre conseil juridique (ou trouvez un cabinet comptable qui vous fournit ces conseils)
  • Votre prospection ?

Il est aussi peut-être temps de trouver et peut-être payer des outils solides pour :

  • Votre suivi prospects / clients
  • Votre communication
  • Diverses choses liées à votre métier

Au passage, si vous manquez d’idées, nous avions publié un article sur les outils que nous utilisons au sein de la Cordée !

Apprendre à se connaître

La voilà la partie la plus intéressante ! Et de loin le plus gros défi. La plus grande leçon d’entrepreneuriat que nous avons pu apprendre sur les dernières années est celle-ci : être libre, ce n’est pas s’affranchir des règles, c’est se créer les siennes.

Et c’est loin d’être simple. Cela demande de beaucoup essayer, de beaucoup tomber, de beaucoup se relever. Apprendre à se connaître, n’est-ce pas le défi d’une vie ?

Suis-je plutôt du matin ? Du soir ? Pendant combien de temps d’affilée suis-je capable de rester concentré(e) ? Quelles activités conviennent plus à quelle humeur, à quel moment de la journée ? Est-ce que je préfère travailler entouré(e) ou seul(e) ? Avec musique ou dans le silence ? À quelle fréquence dois-je m’accorder des pauses ? Des vacances ? C’est quoi, des vacances d’entrepreneur ? Quelle relation avec mes clients ? Avec mes partenaires ? Avec ma famille ? Avec mes emails ?

Voilà pour vous. C’est parti pour quelques années de leçons de vie. Mais il ne faut pas oublier que tout le monde fait face au même défi…

Phase 4 : Prêcher la bonne parole

Et voilà, c’est un cycle, et c’est à présent à vous de bluffer un peu. On s’y sent bien au final, dans l’entrepreneuriat, non ? Mais attention, maintenant que vous êtes de l’autre côté de la barrière, à respecter l’ancien « vous » qui était en phase 1 tout à l’heure.

Apprendre à connaître les autres

Vos partenaires, vos clients : comment eux travaillent-ils ? Nourrir une bonne relation avec tous vos interlocuteurs passe par ce questionnement.

Et puis un jour, peut-être, il y a la grosse question : et mes employés ? Mes collaborateurs ? Comment permettre à chacun d’atteindre son potentiel, d’apprendre à se connaître lui aussi ? Imposer mon fonctionnement, l’enseignement que j’ai tiré de mes réflexions, n’est-ce pas imposer à d’autres ce que j’ai fui ? Mes règles ne sont pas les vôtres.

À la Cordée, au sein de l’équipe, ces questions sont centrales. Voici un article que nous avions écrit plus tôt sur notre conception du management.

Et maintenant, au travail :). Vous vous lancez ?

Tous nos articles sont écrits sous licence CC by SA

4 Commentaires

  • Très bon article ! Comment ne pas s’y retrouver ? 🙂 Je suis probablement en Phase 3 , mais il est parfois difficile d’entretenir une bonne relation avec certains partenaires, surtout quand on ne vit pas dans le même monde :/. Certains valent le coup de s’investir un peu pour avoir une relation sereine, d’autres… c’est moins sûr. Parfois il ne faut pas s’entêter dans la relation avec un prestataire quand elle ne fonctionne pas. On y perd de l’énergie et du temps, qui pourraient tous deux être investi ailleurs.

    • Tout à fait d’accord Alisson. Les fameux 10% de gens qui te prennent 90% de ton énergie… il faut réussir à s’en séparer !

  • Très chouette, ton billet, Julie !

    C’est rassurant de se reconnaître et de savoir qu’on traverse tous les mêmes phases. J’adore être entrepreneur (même si je me retrouve plus dans le terme de freelance, vu mon activité – rédaction et journalisme) et ne retournerai au salariat pour rien au monde. Pas facile tous les jours, pourtant, surtout pour le compte en banque (je suis dans la phase développement de l’activité…) mais « petit à petit, l’oiseau fait son nid ». Et quel kif de fonctionner au mieux de ses compétences et de son « biorythme », en fonction des besoins de sa vie personnelle et familiale !

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