Résultats de l’atelier « Ecriture d’une nouvelle collégiale »…

Mercredi 23 avril au soir, la Cordée a accueilli un atelier un peu particulier, dont le but était de s’essayer à l’écriture en composant tous ensemble une nouvelle collégiale. Alors les encordés n’étaient pas non plus lâchés dans la nature, il y avait bien un thème. Et le thème est sur la photo, c’est le personnage de Magda, inventé par Sophie, une membre de la Cordée Gare de Lyon, pour l’occasion. Je vous laisse lire le résultat de l’expérience ci-dessous. Ouvrez bien vos yeux, et votre imagination !

Nouvelle collégiale : Magda Milheur

Magda Milheur sortit de la boulangerie place Emilio Castelar et entra à la Cordée rue
Traversière, où elle avait l’habitude de travailler. La soirée de la veille avait été pénible,elle sortait d’une nuit de poker à l’ACF.
Elle qui avait l’habitude d’avoir la main gagnante avait joué et rejoué de malchance et s’était retrouvée plumée. Elle avait fait une pause au bar, pour retrouver ses esprits, puis
était allée dans la smoking room fumer une Vogue. Au moment d’allumer sa cigarette,
une main lui avait tendu du feu. Elle avait levé les yeux et reconnu Patrick Bruel, qui
s’était levé pour une ultime partie avec ses amis. Magda avait affiché un air surpris et
s’était assurée qu’elle n’était pas en train de rêver. Après l’avoir remercié, elle s’était dit
que c’était peut­être une nouvelle chance:

« Une partie mademoiselle ? lui avait-il demandé alors qu’elle était encore incrédule.
– Ce serait avec plaisir mais j’ai perdu toutes mes mises ce soir.
– Ce n’est pas grave. Laissez-moi vous présenter mon ami Etienne. Il pourra sûrement trouver une solution.
Tout alla très vite dans sa tête. Elle qui était résolue à rentrer chez elle, s’était laissée conduire par Patrick. Elle n’allait pas rester sur un échec.
– Etienne ! Je te présente …
– Madga Milheur ! Enchantée.
– Elle a très envie de se joindre à nous mais elle a besoin d’un petit coup de pouce. »

Etienne était un beau blond charismatique d’une quarantaine d’année. Tout de suite, elle
avait regardé ses mains, espérant ne pas y trouver d’alliance. Elle avait distingué sur son
annulaire gauche, une fine marque blanche témoin d’une ancienne alliance qui laissait présager un coeur à prendre.

Etienne lui avait prêté la somme nécessaire pour rejoindre la partie. Magda avait accepté sans se poser de questions, se sentant pleinement en veine. Une heure plus tard, Magda tentait le tout pour le tout. Elle faisait un all­in face à Etienne, un full au dix par les as en main. Etienne la regardait impassible et poussait ses jetons.
Magda, le coeur dans un étau, abattait ses cartes. Etienne, esquissant un petit sourire, faisait de même, laissant apparaître un carré de rois.

Magda était à la Cordée depuis six heures du matin quand le premier encordé arriva. Surpris de la voir là si tôt, il lui dit :

– Toi tu veux vraiment ton poney Milheur !

Magda eut une révélation et se souvint de la phrase que Cécile lui avait lancée en riant : Milheur, si tu passes mille heures ici on t’offre un poney !

Elle eut enfin l’espoir d’honorer sa dette : trouver un poney pour le fils d’Etienne dans les deux jours. Il avait dit : « J’aurai ainsi le plaisir de vous revoir ».
Magda se connecta au Refuge pour voir son solde d’heures. Et là ce fut le drame : trois cent vingt sept heures ! Elle avait donc quarante-huit heures pour faire sept cents heures !

Elle s’empressa d’aller trouver Stew, le geek de la Cordée, et l’implora d’entrer dans la matrice pour trafiquer son nombre d’heures. En vain. Le Refuge est inviolable ! Stew jeta l’éponge, énervé d’avoir perdu une après-midi et partit à la tombée de la nuit.

Magda se croyait seule, se servit un Jack Daniels, qu’elle but cul­sec. Elle pensa qu’il était plus prudent de vérifier si toutefois il ne restait pas quelqu’un dans le back­office. Personne. C’est alors qu’elle vit l’ordinateur de Cécile et sa session sur le Refuge ouverte. Magda saisit l’opportunité, s’assit devant l’ordinateur pour ajouter des heures sur son compte. Elle chercha son nom dans la liste, afficha sa page, quand soudain Cécile entra dans la pièce. Elle se rua sur Magda et voyant ce qu’elle était en train de faire, la déséquilibra et la força à quitter sa chaise.

« Qu’est-ce que tu fais ? Tu te rends compte, c’est grave ! dit Cécile »

Magda fondit en larmes, bredouillant des mots incompréhensibles. Hors d’elle Cécile ferma son ordinateur, anéantissant ainsi le dernier espoir de Magda. Elle se saisit du téléphone pour appeler la police. Magda la supplia et lui raconta tout :

« J’ai une dette de jeu. Je dois trouver un poney d’ici demain. Comme tu m’as dit que si je faisais mille heures, je gagnerais un poney, c’est mon seul espoir de m’en tirer ! »

Cécile éclata d’un rire incontrôlable :
« Mais Magda, c’est pas un poney ! C’est un bonnet ! »

Devant l’air abasourdi de Magda, elle s’assit à côté d’elle, lui resservit un verre et but avec elle. Après un silence qui parut une éternité, Magda lui raconta la partie de poker avec Etienne. Elle lui décrivit Etienne avec une passion qui ne laissa aucun doute à Cécile.

Celle-ci lui dit sans hésitation :

« Magda, je pense que cet Etienne ne t’es pas indifférent. Et il est probable que ce soit réciproque. Et si tu devenais le poney ! »

Magda la regarda hébétée, puis réfléchit un instant avant de lâcher :
– Tu as peut-être raison. Mais comment ? »

Comme convenu, Magda se présenta le lendemain soir à son rendez-vous avec Etienne, devant son hôtel particulier. Seul détail : elle avait apporté un masque d’un genre un peu particulier. Dans l’entrée, elle mit le masque et retira son imperméable, sous lequel elle était totalement nue. Elle sonna à la porte. Il ouvrit. Elle le regarda, il la regarda, elle le regarda, il la reconnût et lui sourit. Elle était le poney.

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