Nos encordés au cœur de l’action : Rémi, consultant en stratégie

Nous entamons la 6e semaine de confinement, et prenons régulièrement de vos nouvelles : via mail, Skype, Whatsapp, Slack, Signal, Facebook, Discord, etc. Malgré la fermeture des Cordées, les moments échanges et les initiatives l’entraide se multiplient, les projets créatifs foisonnent. Il est plus important que jamais pour nous de garder le lien, d’être là.

Fort de ce constat, nous vous proposons de continuer de faire plus ample connaissance avec la communauté grâce à une série de petits entretiens avec nos membres !  

Propos recueillis le mercredi 15 avril 2020

L’interviewé

Rémi Peyron, encordé à Lyon depuis l’été dernier, est consultant stratégique pour The Uniform Superstore, une entreprise de vente d’uniformes scolaires basé à Houston (Texas). Elle distribue également, au travers de son association, des uniformes aux écoles des quartiers les plus défavorisés de l’État.

Voilà deux ans qu’il les a rejoints, avec pour mission de développer leur vente en ligne. Aujourd’hui il s’occupe également de la logistique, du recrutement, de la gestion des équipes, … bref, il a plus d’un tour dans son sac !

Avec la fermeture des écoles et de des magasins, l’activité principale de l’entreprise est au point mort. Et pourtant, Rémi est loin de chômer. Dans cet entretien, il me raconte son quotidien bien chargé.

Comment ton quotidien a-t-il changé depuis le début du confinement ?

Puisque je travaille avec les États-Unis, j’ai l’habitude de finir tard plusieurs fois par semaine (c’est à dire à 3 ou 4 heures du matin…), mais en ce moment c’est ça tous les jours…

Il s’avère qu’en plus de vendre des uniformes scolaires, une petite partie de notre activité consiste à vendre des vêtements médicaux aux hôpitaux de la région. Au vu des circonstances actuelles, la demande de ces produits a explosé ! Houston est une grande ville hospitalière et la demande y est donc particulièrement forte.

Nous nous servons également de nos points de vente, transformés en zones de stockage, pour regrouper et dispatcher les produits d’autres fournisseurs de scrubs (vêtements médicaux), qui n’ont pas la même capacité logistique et d’entreposage que nous.

Donc ton entreprise se porte bien ?

Et bien pas tellement. Avant le confinement, la santé financière de l’entreprise n’était pas au beau fixe : la concurrence d’Amazon tire les prix vers le bas et pousse des magasins comme les nôtres au bord de la faillite. 

Aujourd’hui, malgré la vente des vêtements médicaux, aucun argent ne rentre. Les hôpitaux paient avec plusieurs mois de délai et nos ventes d’uniformes scolaires ne vont pas reprendre de sitôt (80% de notre CA).

C’est aussi nos employés qui souffrent de cette crise : nous avons réussi à maintenir 30% de nos effectifs à temps plein, mais le restant de l’équipe est au chômage technique – c’est-à-dire qu’ils ne touchent que 20% de leur salaire. 

Plus largement, la population de Houston (en grande partie latino-américaine et afro-américaine, disproportionnellement défavorisée) est la première victime du coronavirus et des difficultés financières liées au confinement.

Comment se présente la suite pour toi ? 

J’ai commencé à travailler pour The Uniform Superstore quand j’habitais aux États-Unis. Malheureusement mon visa n’a pas pu être renouvelé, j’ai donc dû rentrer en France l’été dernier. L’objectif à terme est de continuer à travailler pour eux un tiers de mon temps et de me consacrer à mon nouveau projet.

Dis-m’en plus !

Il n’en est qu’à ses débuts, mais voilà le principe : j’aimerais créer une plateforme de distribution de plats entre particuliers.
L’idée serait de mettre en place des points relais, équipés d’un frigo, où les adeptes du batch-cooking (cuisiner en une fois tous les repas de la semaine) viendront déposer leurs petits plats préparés, ensuite récupérés par des acheteurs. Il n’est pas question de faire concurrence aux restaurants : un cuisinier ne pourrait fournir que quelques personnes.

Le concept n’est pas nouveau : quelqu’un d’autre s’y est essayé avant en France sous une autre forme mais n’a pas fait long feu. Le plus compliqué dans ce type de projet, c’est la logistique. Il faut qu’il y ait le moins “d’accroche” possible, autant pour les cuistots que les consommateurs (matériel fourni, pas besoin de rencontre physique). 

J’aimerais commencer sous forme d’entreprise mais passer rapidement en coopérative ou en SCOP. C’est pour moi le seul moyen de ne pas perdre de vue la vision et l’essence initiales. C’est ce qui est arrivé à Blablacar, dont le l’objectif était très bien, mais qui gonfle maintenant ses marges et ruine la concurrence.

Partage de ton livre du moment / un film / une série / un groupe de musique ?

Livre du moment: Le courage d’être soi, de Jacques Salomé : il y partage sa vision des relations sociales et amoureuses sans l’ériger en méthodologie universelle 2.0 du développement personnel. Ce livre m’a beaucoup aidé à prendre du recul sur certaines blessures sans avoir l’impression de suivre un cours de gestion d’émotions.

Aussi et pour rester dans la thématique, le blog du talentueux Marc Manson (https://markmanson.net/), qui, dans un style complètement différent pour le coup, mais bourré d’humour (parfois agaçant), donne son point de vue sur les USA et les relations humaines. On aime ou on déteste.
Sinon et pour passer le temps pendant le confinement (tout en réfléchissant), connaissez vous le blog de l’Odieux Connard ou le blog BD de David Malki ?

Un mot pour les encordé.e.s ?

Encore mieux.

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